Entre Les Lignes

Ici

Serge Noël

1

Tout m’écœure tout me fait ma prendre

un taxi aller à pieds je ne sais pas

 ce qu’il faut faire

de toute façon c’est de la douleur

comme un début de pluie

un mal de dent comme une grande croix

sur le front une espèce de honte

le sentiment ce soir d’être plus laid que d’habitude

on s’y fait

l’amour qui est un chien inutile

me suit à dix pas

vous avez un peu de beauté de la langueur

vous aurez de gentilles maîtresses

il y a quelque chose en vous qui fait penser à de la pluie

ne plus savoir au juste de quoi il est question

ce qu’il faut encore faire

voici ta vie offerte en sacrifice à toutes les directions

les gens meurent aussi

tu ne peux pas y croire

tu es dans une maison si vide aujourd’hui

que la musique te fait pleurer

2

Dormir j’aurais voulu dormir

je ne peux même pas cesser les yeux

(et cal rapide de la douleur)

je suis ah ah contre l’oreille

le train roucoule et moi fumer

cette cigarette légère

toujours ce train

La campagne Lilloise à travers la vitre d'un train Photo © JFHanssens
Photo © JFHanssens

dire que je n’ai jamais vraiment senti les choses

je travaille dans l’espoir d’écrire des poèmes

que nous utiliserons pour voler plus vite que la lumière

nous sommes dans un mur

la vie va être longue

elle est un petit chien à la nuque solide

nous aurons des yeux comme des pièces de monnaie demain

mais l’aurore sera douce comme une pincée de sucre

je me creuse d’immobilité

d’indifférence

3

Je flâne dans une ville où les passants les cinémas

les voitures les cafés

sont des chiens qui me mordent

celle-ci se touche le visage les cheveux

ses petits gestes la transforment en une femme très belle

celle-là pose ses yeux sur toute chose

elle parle à tout ce qu’elle regarde

quelqu’un plus loin dit qu’il faudra bientôt partir

on partira

le ministère de l’industrie communique :

cette année notre production de pendus est en hausse

nos journaux parlent de la guerre

et c’est un ventre ouvert à chaque fenêtre devant chaque porte

des poissons allongés déjà de tous les jours

ça sent la bouche ouverte

nos journaux parlent de la mort

les arbres sont passés chez le coiffeur

on leur voit des oreilles des poses de danseuse

des soldats dans un autre pays sur l’asphalte bleu sont couchés

la main d’un avion les a comme des cheveux repassés

nos journaux parlent d’une menace lubrifient

branlent caressent la menace

CE SONT DES CHIENS CES JOURNALISTES

ON NE DÉMOCRATISERA PAS LA RÉALITÉ

par ce printemps pubère

où l’air se confond à la couleur des chapeaux

aux mots endormis sur les branches de l’amour

aux regards en manteau léger des garçons et des filles

le soleil comme un dessin d’enfant sourit

le promeneur creuse dans l’air la profondeur des choses

il y trouve des pépites ouvertes et douces les rues

de gros chats qui ressemblent à un service à thé gravement vous regardent

on parle du dernier malade

on court on court on lave on pleure

mais les journaux n’en parlent pas

il y a la main fermée de la tristesse en moi

à dix-sept ans l’idée d’une vie d’un monde que je ne pouvais pas comprendre

me donnaient la nausée je tremblais manquant m’évanouir

s’habitue-t-on à tout je peux pas dire

cendrier tremblement fumer

ça s’éparpille ça se perd dans le dédale des douleurs

4

demain matin déjà ressemble

                                                     à la rose compliquée de ma pensée

ouverte

               et pleine de doigts

                                                 de bulles

de mécanismes d’ampoules électriques cli

                                                                            gno

                                                                                   tantes

ma respiration est l’endroit de mon corps où l’on va à la plage

il fait très clair sur ma poitrine

la mer allonge un peu la langue

mes larges épaules sont le moyen de communication le plus direct avec le ciel

elles me servent aussi à jouer au bras de fer avec le vent

il m’aurait suffi de respirer calmement pour apprendre à lire

j’ai eu des professeurs que leurs poumons quittaient

quand il rentraient en classe

des professueurs

il y a les chiens blancs

                                      les chiens ronds

                                                                  les chiens liquides

du rire

5

la vie commence

la vie recommence

la vie ne s’achèvera jamais

j’ai connu trop peu de pays

trop peu de gens dans les cafés

vagues naissant sur vagues mortes

ainsi se jettent les salives

vagues mourant contre la porte

dès qu’elles arrivent à la rive

ce matin je suis assis sur un banc

près du casino qui ronfle en cette saison

quelqu’un est passé la nuit dernière

on a écrit JE SAIS L’ART D’ÉVOQUER

en grands caractères blancs sur les dalles

disjointes et sales comme de vieilles dents

je passe une grande partie de la journée

assis sur ce banc

JE SAIS L’ART D’ÉVOQUER

m’accompagne quand je rentre à la maison

pour manger

du cassoulet à la purée de pois

je lèche le moindre article dans « l’Humanité »

là renaît la beauté toujours qui se remue

là toujours qui renaît sera la beauté nue

car la beauté sera toujours dans le tumulte

où c’est la mort qui vient pour lui casser la nuque

j’ai dormi une heure et demie

le soleil plonge doucement ses mains dans la crinière du Cap Martin

j’ouvre la fenêtre le vent m’absout

je ne rêve que le jour

la nuit je ne dors pas

je songe

je mens

merde le banc est occupé

par un couple de méduses avec un petit chien sous les pieds

JE SAIS L’ART D’ÉVOQUER

il y a d’autres bancs mais pas de poème devant

il y a toi bien sûr devant tous les bancs

demain j’irai à Vintimille

j’achèterai des objets

des opéras de Verdi

15 kms à pinces

je regarde les montagnes de mon lit

j’y vois des visages des revolvers des chapeaux

et ma jeunesse ainsi se passe

c’était le gué d’une rivière

naisse à la fin ce qui se casse

un verre et verses l’eau d’hier

ainsi mes poèmes à manger

se prolongent comme le sel d’une mer retirée

le soir

JE SAIS L’ART D’ÉVOQUER

je suis noué comme une ficelle

dans les cheveux de ton absence

6

Reviens je dis reviens la vie

la danse exotique de ma vie

pluvieuse et flash de photographe

et lourde et souple et miroir nez bouché

mystère de l’île de Pâques

dans le taxi qui te remporte à la maison

(où t’attends la famille couverte de briquets

et de tasses de café)

 tu te dis qu’à Bruxelles décidément il manque

un fleuve un simple fleuve quelque chose

dans quoi quand on est malheureux il soit possible de se jeter

tu poursuis le soleil qui s’ouvre comme une fenêtre

et prend de l’altitude avec la fumée des premières cigarettes

tu es l’idée que tu te fais

d’un homme soudain beaucoup plus vieux

(il riait il pensait que toutes ces années

l’ont vu devenir moins douleur d’épine

moins regard de génisse qu’on mène à l’abattoir)

j’ai vieilli ce qui s’appelle vieillir

au sens où l’on s’avance

et qu’on sait qu’on s’avance

les choses ayant brûlé

voilà

voilà que les trésors dans quoi sagement

se mirait quand vous étiez enfant la vie

qui était tout votre trésor

chauffage au gaz et fenêtre fermée l’hiver

voilà qu’il ne s’y mire plus rien

mon dieu comment faire et que faire

il y a le vide après la pluie pas

le beau cette blague

reviens reviens sneiver sneiver

sur tes pas

SUR TES PAS

  SUR TES PAS

mais que veux-tu faire d’autre

c’est fini bien fini de ton sommeil

ta vie fait une plage d’oiseaux et de poissons fatigués

ensemble

je les vois manger des frissons

ne ris pas le monde il m’arrive de pleurer

pour le monde

les femmes

                      barre de fer

qui portent leurs mains au-dessus des malades

ce qu’il y a de délirant de lié

d’incroyable d’embrouillé d’immense

en eux autour d’eux dans ce qu’ils font

leurs vies leurs villes leurs sentiments

                                                                    la voix mangée de leurs serments

chacun d’eux je le regarde

sont-ils beaux ont-ils tué leur chien

leur aventure ils la vivent comme un morceau de viande

et c’est bien ce qu’elle est

dire à ces gens me fait trembler je vous ressemble

je n’aurai pas été le jeune premier d’une histoire

ni le toréador ni le spéléologue

le cosmonaute ou la chambre fendue d’un pauvre amour

le détenteur d’un record du monde du saut en hauteur

riez vous pouvez rire allez

mais nous

pauvres bornes kilométriques

qui ne nous avons pas immenses

Je ne suis pas

dans ta chemise

camarade

Je voudrais danser vos danses

Comprendre

             je pense avoir de quoi payer mon loyer ce mois-ci

             ci                                                                                      je

             mois                                                                                pense

             ce                                                                                     avoir

             loyer                                                                                de

             mon                                                                                 quoi

             payer                                                                               payer    

             quoi                       JE DORS LĀ-DEDANS                      mon

              de                                                                                    loyer

             avoir                                                                                 ce

             pense                                                                               mois

             je                                                                                       ci

              ci-mois ce loyer mon payer quoi de avoir pense je

je dérive il me semble que vous aussi

c’est dériver d’aller

c’est la dérive ce mode habituel de vivre

et tout ceci n’est qu’un côté de cette histoire

ce qui se c

                   h

              a

              n

             t

        e

s’oublie vite

il y a des souvenirs plus mal élevés que les mouches à caca

dans la carafe de ma vie

je passerai des nuits à pleurer pour ceci

et je n’ai jamais su où se trouvait ici

chaque rêve

                        le matin

je lui dirai merci

chat crevé

l’homme atteint

des climats plus cléments

il me faudrait un dictionnaire des mots d’amour et des moulins

                                                                                                                 janvier 80 Bruxelles

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