Entre Les Lignes

Le « mur de l’eau »

Nous avons été inondés, voire même submergés par trop d’eau. Et pourtant, ces désastres semblent bien mineurs si l’on considère le grand défi de l’accès à l’eau pour tous. L’eau, le plus précieux des biens communs.

Gabrielle Lefèvre

L’actualité dégoulinait d’images et de récits parfois poignants des dégâts causés par les eaux de pluie en Europe, y compris des morts d’humains submergés par les flots. L’anatomie du célèbre zouave du pont de l’Alma à Paris a été le centre de toutes les attentions et curiosités pendant une semaine.

Ces intempéries, parfaitement naturelles et explicables par des antagonismes d’anticyclones et des différences de températures de l’air, n’ont rien d’anormal. Sauf qu’elles nous rappellent que nous sommes bien un élément de la nature, vivant au gré de phénomènes qui nous dépassent malgré nos efforts incessants pour tenter de la domestiquer… Au profit de quelques-uns.

La Loire en crue à Saint-Benoît sur Loire: de vastes zones de prairies et de bois absorbent les débordements du fleuve. © Gabrielle Lefèvre
La Loire en crue à Saint-Benoît sur Loire: de vastes zones de prairies et de bois absorbent les débordements du fleuve.
Photo © Gabrielle Lefèvre

Car si nous bétonnons sans cesse nos villes et villages européens, il est évident que l’eau va déferler dans nos maisons. Si nous installons des habitations à proximité de charmants cours d’eau, ignorant l’histoire du réseau hydrographique local, nous nous exposons à des crues, rares mais parfaitement prévisibles. La question est donc posée de la compétence des administrations en matière de gestion des territoires. Et de nos exigences concernant notre logement, nos autoroutes, notre mobilité par rapport aux équilibres naturels : pluviosité, écoulement des eaux, absorption par les sols, protection contre les polluants des nappes phréatiques indispensables à notre approvisionnement en eau potable, etc.

Car il s’agit bien de la question la plus importante pour l’avenir de populations entières : l’accès à l’eau potable pour tous. C’est devenu depuis quelques années la croisade de Riccardo Petrella, politologue et économiste italien, professeur émérite de l’UCL et grand humaniste, chantre du bien commun, pourfendeur des inégalités meurtrières. Il avait obtenu des Nations Unies que l’accès à l’eau potable soit reconnu comme un droit humain, et ce en juillet 2010 déjà.

Il vient de lancer un appel pour une initiative européenne pour le droit à l’eau, de la part des élus, au niveau européen jusqu’au local. Car il s’agit bien d’une responsabilité des Etats que de garantir cet accès à l’eau pour la vie, non pas celle des piscines ni de l’agriculture intensive visant à produire des biocarburants, par exemple. Mais de l’« eau pour la vie » : « l’eau pour boire et les services hygiéniques, pour l’agriculture pour l’alimentation, pour la santé, pour les activités industrielles et énergétiques indispensables pour la sécurité d’existence de la vie, et non seulement des êtres humains mais aussi des écosystèmes ».

Riccardo Petrella rappelle qu’une « initiative citoyenne européenne » (ICE), une sorte de référendum européen, sur l’eau (Right2Water) proposait à la Commission européenne de prendre les mesures législatives pour reconnaitre le droit humain à l'eau dans les Traités constitutifs de l'Union européenne et pour traiter l'eau comme un bien commun public (et non pas comme une marchandise, un bien économique soumis aux logiques du marché). Cette ICE-Eau a été un succès populaire puisqu’elle a réuni plus de 1,9 millions de signatures certifiées, collectées dans plus de 7 pays membres de l'UE. Pourtant, la Commission européenne n'a donné aucune suite concrète aux demandes de l'ICE-Eau, au motif qu'elle avait déjà réalisé ce que l'ICE demandait… Or, aucune mesure législative n’a été prise.

Mais nous savons comment la Commission européenne esquive les demandes des citoyens européens dès qu’il s’agit de changer le type d’économie mondialisée, dite néolibérale, qui nous est infligée depuis quelques décennies. L’exemple de l’ICE contre les accords transatlantiques (TTIP) et, notamment, la procédure d’arbitrage dans les différends investisseurs-Etats, est éclairant. On ne touche pas à l’économie de marché et surtout pas d’interférences de la justice traditionnelle qui pourrait défendre les droits des citoyens.

Et pourtant, plus que jamais nous avons besoin de justice, selon Riccardo Petrella qui a lancé en 2011 une initiative internationale « Déclarons illégale la pauvreté » (DIP). « Déclarer illégale la pauvreté c’est déclarer illégaux les facteurs et les mécanismes qui au niveau des lois, des institutions et des pratiques sociales collectives engendrent et renforcent les processus d’appauvrissement et d’exclusion. », dit-il.

Utopie ? Oui. De celles qui transforment le monde pour sauver le bien commun.


http://www.alterechos.be/fil-infos/riccardo-petrella-on-est-dans-un-apartheid-mondial


http://www.waternunc.com/fr/manifeste_eau.htm

http://www.cncd.be/Initiative-citoyenne-europeenne-la-democratie-participative-en-panne

Voir aussi : Proposition de l'Institut Européen de Recherche sur la Politique de l'Eau (IERPE) dans le cadre des actions menées par l'Initiative Internationale "Déclarons Illégale la Pauvreté" (DIP). Document de recherche rédigé par Riccardo Petrella. Novembre 2015
http://ierpe.eu/news.php?lng=fr&pg=469

http://www.banningpoverty.org/

http://www.rtbf.be/info/opinions/detail_declarer-illegale-la-pauvrete?id=6930143

 

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