Entre Les Lignes

Caterpillar dans la lingerie fine...

Le Charleroi qui marche s'arrĂŞte. Un drame social face auquel on ne peut mĂŞme plus prier : il n'y a plus de pape.

Jean Rebuffat

L'accident social est comme un accident de la circulation : on n'y pense pas, c'est pour les autres – sauf Ă  imaginer qu'on roule sciemment dans une bagnole pourrie en attendant qu'elle lâche et en espĂ©rant que cela ne commencera pas par les freins. Il y a les accidents que l'on voit venir et ceux que l'on espère bien Ă©viter. Les charbonnages ont fermĂ©, la sidĂ©rurgie ferme, oui mais... la Wallonie se consolait avec des rĂ©ussites comme Caterpillar. Certes, on chuchotait que quelques centaines d'emplois Ă©taient menacĂ©s, mais pan ! C'est un millier et demi, et de la part d'un groupe qui lui compte les bĂ©nĂ©fices en milliards.

Première rĂ©flexion : s'agit-il d'une stratĂ©gie ? L'objectif n'est-il pas in fine d'aboutir Ă  ces fameux 850 dĂ©parts qui apparaĂ®traient alors comme la victoire du moindre mal ? Je n'en sais rien. Je suis d'un naturel mĂ©fiant avec les multinationales.

Des bottines pareilles, ça vous donne de ces coups de pied au cul... Capture d’écran.

Deuxième rĂ©flexion : que les industries naissent et meurent, comme tout, on le sait, merci, et ces dernières semaines (il n'est pas trop tard pour me relire), j'ai ici mĂŞme fait observer que prolonger des agonies Ă©tait Ă  la fois une solution immĂ©diate comprĂ©hensible mais qu'Ă  long terme, il en fallait d'autres. Mais donc, Caterpillar ne meurt pas, Caterpillar n'est pas ringard, Caterpillar fabrique des engins de chantier et des chantiers, il y en a et il y en aura, parfois moins comme maintenant, parfois plus notamment si on essayait enfin de sortir de l'austĂ©ritĂ© (commencez par relire la chronique de la semaine passĂ©e) ; les chantiers ne sont pas dĂ©localisables. Ah, quand viendra le jour bĂ©ni oĂą les autoroutes pourront ĂŞtre construites en Chine avant d'ĂŞtre importĂ©es, comme elles seront contentes, les bourses !

Troisième rĂ©flexion : sommes-nous donc si dĂ©munis face Ă  ce cynisme plus ou moins dĂ©libĂ©rĂ© qui consiste Ă  dire « Je vais très bien, merci, c'est vrai, mais pour rester en bonne santĂ©, je prends des mesures prĂ©ventives : je te tue Â» ? Jospin le pensait, il l'a dit et il lui en a cuit. Dans ce type de circonstance, les pouvoirs en place, et la Belgique fĂ©dĂ©rale font comme tout le monde, pensent avant tout Ă  limiter les dĂ©gâts. On criera victoire si on obtient mettons 1.200 emplois perdus au lieu de 1.450 ; on entendra que 250 emplois ont Ă©tĂ© sauvĂ©s.

Tiens, mais ce n'est pas ma rĂ©flexion de dĂ©part, ça ? Je tourne en rond comme un engin de chantier fou. Mais j'ai un peu l'impression que notre sociĂ©tĂ© postindustrielle fait la mĂŞme chose. Fier de sa marque, Caterpillar vend mĂŞme des vĂŞtements. C'est d'un chic, Ă  Uccle ou Ă  Neuilly, Ă  Luxembourg ou Ă  Monaco, de faire semblant d'avoir des Ă©crase-merde d'ouvrier aux pieds... La chanson de Souchon n'arrĂŞte pas de tourner en rond, elle aussi, dans ma tĂŞte.

Pendant ce temps-lĂ , un vieil homme qui s'indignait – certes de façon un peu bateau – meurt Ă  95 ans, canonisĂ© sur le tard de sa vie au point qu'on en oublie souvent ce qui en faisait le sel, et un vieil homme de dix ans son cadet s'en va Ă  20 heures prĂ©cises ce 28 fĂ©vrier de l'an de grâce 2013. Dieu lui a parlĂ©. Depuis Jeanne d'Arc, on avait rarement entendu ça. On salue son courage. Ah bon ? Si renoncer est courageux, on ne pourra pas dire que nos hommes politiques manquent de courage !

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