Entre Les Lignes

Pourquoi Hollande ne peut qu’échouer

Le président de la République française ne bat inéluctablement que les records d’impopularité. Mais cet échec sera peut-être sa chance.

Jean Rebuffat

La vie politique française est terriblement décapante. Parti façon tortue à la conquête de l’Élysée, François Hollande s’y est installé un peu par défaut, après l’élimination de son principal concurrent à gauche et l’impossibilité compréhensible pour la marge de ceux qui font l’élection présidentielle d’encore faire confiance à Nicolas Sarkozy, dont l’image actuelle reste répulsive. Il n’a pas connu l’état de grâce théoriquement dévolu aux nouveaux élus et la victoire socialiste aux législatives qui ont suivi ressort un peu du même phénomène.


Il s’est installĂ© aussitĂ´t dans la posture de l’homme normal, au contrepied exact de son prĂ©dĂ©cesseur, dont l’excitation vibrionnante avait agacĂ© et dont les fuites en avant systĂ©matiques, accompagnĂ©es de maladresses psychologiques gigantesques, semblaient devenues l’exact contraire de ce qu’il fallait faire. Or c’était faux et il ne l’a pas compris d’emblĂ©e. Ce qu’il fallait faire, probablement, Ă©tait bien d’être normal, mais en France, un prĂ©sident normal doit normalement prĂ©sider, c’est-Ă -dire ĂŞtre l’incarnation du pouvoir, avatar du mot puissance. Se louis-philippardisant d’entrĂ©e de jeu, il court derrière l’impression qu’il dĂ©cide. Naturellement c’est faux : il dĂ©cide. Mais la malĂ©diction fait que son Ă©locution officielle hĂ©sitante renforce l’impression qu’il est hĂ©sitant. Or lĂ  aussi, c’est faux, ou presque, car s’il est probable que l’emporte-pièce n’est pas son point fort et qu’il tient plus du coureur de fond que du sprinter, il sait parfaitement oĂą il veut aller et il est capable de trancher vite et bien, comme le consensus autour de l’intervention militaire au Mali l’a dĂ©montrĂ© sans que cela ne lui rapporte rien, prĂ©cisĂ©ment Ă  cause du consensus, qui a eu pour effet rĂ©troactif de faire penser que tout le monde, donc n’importe qui, aurait agi de la mĂŞme façon.


Comment garder un air béat alors que les malheurs s’accumulent sur sa tête? © Photo Jean Rebuffat

Le problème est que lĂ  oĂą il veut aller, pas grand-monde ne veut le suivre. C’est la fameuse malĂ©diction consubstantielle de la social-dĂ©mocratie. Il n’y a rien qui tue plus le rĂŞve que la gestion. Hollande dira qu’il gouverne comme annoncĂ© : il rĂ©duit les dĂ©ficits de façon drastique, fait voter des lois Ă©thiques, etc., mais rien ne peut y faire. Pire, on ne le croit pas. Car s’ajoutent des handicaps de circonstance, comme le mensonge de JĂ©rĂ´me Cahuzac, qui fait ricaner quant Ă  la dimension Ă©thique du pouvoir en place, et aussi, paradoxalement, le tout Ă  la gauche actuelle de la France, oĂą pratiquement tout, des villes aux rĂ©gions et des dĂ©partements Ă  l’état, est contrĂ´lĂ© par le PS. Recours par dĂ©faut ou espĂ©rance profonde fatalement déçue, la prĂ©sidence actuelle laissait vaguement miroiter qu’un changement Ă©tait possible jusque dans son slogan de campagne.

Or les hauts-fourneaux lorrains s’arrêtent et les mesures symboliques fortes sont retoquées…

Que peut faire François Hollande ? Rien. Rien sinon prĂ©sider. Ă€ quoi lui servirait-il de changer de Premier ministre comme un club de foot d’entraĂ®neur ? Ou mĂŞme un remaniement ? Il n’empĂŞcherait mĂŞme pas l’opposition intĂ©rieure, verte ou rouge, de se manifester. Après tout, un bilan ne s’établit pas, en thĂ©orie, Ă  un autre moment qu’au terme du mandat. En 2017, oĂą en sera la France ? Il est tout Ă  fait possible qu’elle s’apprĂŞtera Ă  rĂ©Ă©lire un prĂ©sident dont les engagements auront Ă©tĂ© pour la plupart tenus et dont elle se fĂ©licitera de la constance. Ou qu’elle lui fasse payer son absence de brio… Elle aimait tant celui de l’autre François qu’elle le rĂ©Ă©lut.

On verra : cela dĂ©pend de tant de choses, la prise de conscience en Europe que l’austĂ©ritĂ©, Ă  ce point, est autant dĂ©lĂ©tère que la gabegie, le rĂ©sultat des Ă©lections allemandes, une bonne idĂ©e ici ou une mauvaise en face (on en oublierait presque que la droite française, dĂ©chirĂ©e et hĂ©tĂ©rogène, est rĂ©putĂ©e la plus bĂŞte du monde, ce que les âneries profĂ©rĂ©es par les opposants au mariage pour tous dĂ©montrent encore amplement). Mais ce qui est sĂ»r, c’est que comme personne en France n’attend plus rien du pouvoir en place, dĂ©primĂ© d’en avoir tant espĂ©rĂ©, on voit mal comment tout pourrait aller pire pour lui.


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