Entre Les Lignes

Le cul-de-sac de la prison

Tant en Belgique qu'en France, la politique pénitentiaire est dans une double impasse dont on ne sortira pas en reculant les murs...

Jean Rebuffat

Les proximités électorales, qu'elles soient municipales, législatives, régionales et européennes, constituent rarement le meilleur moment pour envisager certains problèmes de façon autre que cosmétique. Alors qu'en Belgique, on dispose d'une ministre qui, triomphante, annonce que désormais, les peines de quatre mois de prison seront à nouveau effectuées (tout en menaçant de reconduire à la frontière, outre de misérables Afghans, ce qui est déjà fait, de tranquilles ressortissants français dont le seul tort fut au départ de solliciter l'aide sociale), en France, république supposée tendre voire angélique avec les délinquants, on envisage presque en continu la construction de nouvelles geôles.

Dès le XIXème siècle, la prison a été pensée avec une vision humaniste rognée petit à petit. © Photo Jean Rebuffat
Dès le XIXème siècle, la prison a été pensée avec une vision humaniste rognée petit à petit.
© Photo Jean Rebuffat

On prend le problème Ă  l'envers. Je sais bien qu'il est complexe et que la multiplication des peines alternatives, en lesquelles on avait fondĂ© beaucoup d'espoirs, ne rĂ©soudra pas tout, le premier effet pervers Ă©tant qu'il faut pratiquement la NSA pour surveiller toutes les donnĂ©es fournies par les cĂ©lèbres bracelets Ă©lectroniques. Mais le constat est clair : la prison est criminogène. Dans un monde idĂ©al, la prison est un endroit oĂą l'on est privĂ© de libertĂ© mais oĂą l'on se rĂ©insère en apprenant un mĂ©tier et en n'ayant pas envie d'y retourner. Dans le monde tel qu'il est, la prison est en endroit oĂą l'on est privĂ© de libertĂ©, traitĂ© – malgrĂ© tous les efforts de bonne foi – comme des animaux fĂ©roces, qui engendre la dĂ©sespĂ©rance et qui met en contact avec des gens encore autrement plus dangereux que soi.

La prison, ça marche parfois, Ă  la longue, comme ce malheureux sujet de la RĂ©publique dĂ©sormais bardĂ© de diplĂ´mes et qui est pratiquement sous les verrous depuis qu'il a 20 ans ; il approche de l'âge de la retraite. Pourquoi ? Parce que la suite de cavales, des dĂ©lits commis pour l'Ă©vasion et de ceux commis pour survivre lui a valu Ă  chaque fois de lourdes peines. VoilĂ  pourtant un homme dont la rĂ©insertion aurait peut-ĂŞtre plus commencer plus tĂ´t... C'est clair aussi qu'une restauration de la peine de mort pour les mĂŞmes dĂ©lits qu'au XVIIIème siècle en Angleterre (adaptĂ©s au temps prĂ©sent : Ă  la guillotine, les brĂ»leurs de feu rouge!) aurait un effet dissuasif – mais voilĂ , au XVIIIème siècle en Angleterre, on a acquittĂ© les voleurs de pommes parce qu'on ne voulait plus les pendre, mettant le doigt dans l'engrenage du laxisme si vertueusement dĂ©noncĂ© un peu partout. Veut-on ressembler au Texas, oĂą l'on pique des gens trente ou quarante ans après leur crime, mĂŞme s'il s'agit de dĂ©biles mentaux ? Et oĂą, par parenthèse, ces misĂ©rables souffrent atrocement, car le cocktail qu'on leur administre fonctionne mal, les firmes europĂ©ennes refusant dĂ©sormais de fournir les bourreaux...

Mais pour ces quelques cas oĂą au prix d'une seconde vie saccagĂ©e, la prison remplit son rĂ´le thĂ©orique, que de dĂ©sastres accumulĂ©s ! Alors bien sĂ»r le pouvoir exĂ©cutif, policiers en tĂŞte, peut-il a contrario observer que le sentiment d'impunitĂ© est Ă©galement tragique... D'accord. Mais on a choisi une mauvaise sanction. Qui parle d'impunitĂ© ? Tout se passe comme s'il ne pouvait y avoir que la prison, ou Ă  la limite, des peines alternatives s'y rĂ©fĂ©rant (« ObĂ©is, sinon tu iras en prison ! Â»). Par pur manque d'imagination, ce qu'on fait, c'est qu'on recule les murs du cul-de-sac en construisant toujours plus de prisons, en y mettant toujours plus de gens et toujours pour plus longtemps (quelle lâchetĂ©, cette loi belge de circonstance votĂ©e pour compliquer la libĂ©ration conditionnelle Ă  cause de l'Ă©motion provoquĂ©e par celle de Michèle Martin!).

Cela me fait penser Ă  un dĂ©bat qui n'a peut-ĂŞtre rien Ă  voir : le redoublement Ă  l'Ă©cole. LĂ  aussi, on a mis très longtemps Ă  comprendre que ce n'Ă©tait pas la panacĂ©e. Mais cette perspective choque dĂ©jĂ , alors que dire de l'opinion qui s'attaque Ă  la prison ! Je sais aussi qu'il faut des mesures de protection de la sociĂ©tĂ© et que les prisons trois Ă©toiles sont impopulaires : qu'ils souffrent, puisqu'ils ont fait souffrir ! HĂ©las, je ne dispose d'aucune solution miracle et j'Ă©prouve comme les autres un vertige Ă  l'Ă©noncĂ© de ce constat que je rĂ©pète une fois encore : la prison est un Ă©chec. Il faut trouver autre chose.

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