Entre Les Lignes

Barack, j'ai loupé le rendez-vous

La visite du président américain à Bruxelles a ressemblé à une apparition de la Vierge dans un garage wallon

Jean Rebuffat

Je ne souffre d'aucun antiaméricanisme primaire. Au contraire: récemment conquis par les charmes positifs de New York, j'ai envie de retourner aux États-Unis que je ne connaissais pas. Mais la visite de Barack Obama à Bruxelles nous aura valu une belle dose de belgitude et de ridicule.

On notera que mon autre patrie, la République française, en aura fait à peu près autant à l'égard du numéro 1 chinois, Xi Jinping. Fermer treize stations de métro à Paris un jour de pic de pollution, je veux bien qu'il y ait des Airbus et du bordeaux à vendre, mais tout de même... Pourquoi faut-il présenter aux puissants de ce bas monde une vie et une ville de conte de fées? Que l'on prenne quelques précautions pour éviter les incidents et les attentats, j'entends bien aussi que c'est nécessaire. Mais cela passe-t-il obligatoirement par une opération ville morte? On dirait qu'une bombe à neutrons a explosé juste avant le passage du Grand Chef. Tout est bouclé. Même les poubelles sont priées de rester à la maison! Or s'il y a bien une chose de la vie quotidienne que New York (1) peut envier à Bruxelles, c'est la propreté des rues... Les deux villes se distinguent par un amoncellement systématique de poubelles sur les trottoirs, ce qui n'est pas ragoûtant, mais à New York, les trottoirs et les rues sont plus défoncés qu'à Bruxelles et si dans les lieux hypertouristiques, les papiers gras sont parfois ramassés, ce n'est pas le cas dans les rues sans autre intérêt que d'être celles où les gens habitent.

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Dans le bas de Broadway, à deux pas du World Trade Center, dans un des endroits emblématiques de New York, des poubelles attendent. Notez qu'elles attendent aussi d'être triées. Regardez bien: il y a une apparente poubelle qui est en fait un être humain, une vieille dame qui farfouille pour récupérer les canettes dont elle espère tirer quelques dollars.

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© Photos Jean Rebuffat

Dans ces conditions, on comprend très bien que les voisins des lieux sacrés où le Grand Homme va poser les semelles ne rigolent pas franchement. Bon, cacher les poubelles qu'Il est habitué à voir, passe encore, mais se sentir dépossédé de son quartier, et ce encore plus que d'habitude... Il y a de quoi vous décourager d'habiter dans le quartier européen ou aux alentours des grands hôtels. En face, par contre, dans les puissants du Royaume, c'était la bousculade. Kris Peeters, le Superflamand, Didier Reynders, le Superministre qui rêve d'être calife à la place du calife, pas la peine de pousser, vous ne serez pas plus que moi sur la photo... Seul Herman Van Rompuy a réussi à s'y glisser, subrepticement, mais - le saviez-vous? - c'est le Supereuropéen. Sinon, Elio et Philippe, point barre. Quel honneur! Quel souvenir! On aurait dit des midinettes rêvant d'un selfie avec George Clooney. Je m'attends à ce que les reliques de son passage éclair (vingt-deux heures!) dans la capitale de l'Europe fassent bientôt l'objet d'un commerce à côté duquel les vestiges de la sainte croix fassent pitié.

Tout cela était too much, comme on aurait dit voici un quart de siècle. Qu'Obama ne soit pas le pire des présidents américains et qu'il lui arrive même d'être imperceptiblement moins guerrier et moins à droite que beaucoup de ses prédécesseurs, je veux bien l'admettre. Mais que son discours tenu aux Beaux-Arts (eh bien oui, j'assume: je ne dis pas Bozar) passe pour un grand moment de l'histoire de l'humanité et que les yeux humides, la petite Belgique se donne l'impression d'avoir connu un de ces moments de grâce où le monde tourne plus rond et où la souris rugit mélodieusement à côté du lion, tout cela me pousse à me tenir les côtes et à me demander ce que ce sera la prochaine fois, puisque grâce à la punition infligée au tsar Poutine, le G8 de Sotchi est devenu le G7 de Bruxelles, roulez tambours, résonnez musettes, Barack Obama va bientôt revenir à Bruxelles.

Donc je lui dis que s'il a envie de me voir, qu'il passe donc sans tralala jusque chez moi, j'aurais plaisir à le rencontrer et à partager une bonne bouteille et que si d'aventure je suis occupé à l'instant de son arrivée à sortir les poubelles, qu'il veuille bien m'en excuser. Je lui promets même de ne pas prendre la moindre photographie de l'événement (surtout s'il doit enjamber un sac pour entrer).



(1) Je sais que New York n'est pas la capitale des États-Unis, mais c'est en quelque sorte celle du monde, puisque les Nations Unies y ont leur siège. Et j'ai appris de source sûre que Barack Obama y était déjà allé.

 

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