Entre Les Lignes

Le capital (si ça, ce n'est pas un bon titre...)

Il y a quelque chose que même le père Marx n'avait pas imaginé. Le capital est devenu fictif. Ce qui compte, ce n'est plus ce qu'on possède. Taxer les plus-values est donc un minimum.

Jean Rebuffat

Il peut apparaître paradoxal que les patrons flamands soient plus réalistes et moins dogmatiques que le gouvernement fédéral belge. Mais en réalité, comme celui-ci est superidéologique, il ne peut pas se départir de ses présupposés.

Or on peut très bien être l'ami du capital – libéral, en un mot – et estimer qu'en effet, l'économie des plus-values est une corruption dangereuse, et peut-être mortelle, du système. Certes, de tout temps, l'espoir qu'entretenaient les propriétaires d'actions était que celles-ci gagnent de la valeur, mais surtout, que ces actions rapportent des dividendes. On peut discuter avec Marx sur le fait que ces dividendes proviennent de l'exploitation des travailleurs puisque leur existence même implique que le travail est sous-rémunéré, sinon il n'y aurait ni bénéfice ni dividende. On peut même trouver cela inhumain. Ou à l'inverse, admettre (c'est en gros ce que les gauches européennes ont fini par faire) que si cette exploitation est disons limitée dans les chiffres et si en contrepartie de son acceptation par les masses laborieuses, celles-ci reçoivent une sécurité sociale suffisante – voire approuver (c'est généralement le cas à droite) cet état de fait en portant au pinacle le goût de l'entrepreneuriat.

Cet équilibre auquel on a fini par aboutir est aujourd'hui très nettement remis en cause pour deux raisons fondamentales.

La première est strictement idĂ©ologique. On peut en quelque sorte la rĂ©sumer par un seul exemple : celui de Marc Coucke, qui, expliquant cyniquement comment d'importantes plus-values Ă©chappaient Ă  l'impĂ´t grâce Ă  de l’ingĂ©nierie fiscale, fait observer qu'il utilisera mieux cet argent que l'État. Personne ou presque n'a relevĂ© l'horreur de cette dĂ©claration. Va-t-il construire sur fonds propres des routes, des hĂ´pitaux, des Ă©coles ? Non, ce sont des dĂ©penses inutiles. Lui, le grand patron, il sait comment faire de l'argent... Donc fatalement il y aura bien quelques retombĂ©es individuelles, effectivement. Un peu comme l'Ă©vasion fiscale fait manger des cohortes d'avocats, de banquiers et d'intermĂ©diaires de toutes sortes. Cette tendance est tellement lourde que ceux qui en bĂ©nĂ©ficient – et mĂŞme certains Ă©tats – vont freiner autant que faire se peut tout ce qui va ressembler, de près ou de loin, Ă  toute harmonisation europĂ©enne en la matière.

La seconde raison est que l'économie est devenue virtuelle. La rémunération n'est plus le dividende, mais la plus-value à la revente. De telle sorte, on crée une cavalerie systématique qui ne peut aboutir qu'à des crises financières comme celle d'il y a sept ans et dans laquelle nous sommes toujours plongés. Sans compter que la crainte de voir ses actions baisser amène à des désastres sociaux préventifs. Rien de tel qu'une bonne diminution de ses effectifs pour faire redémarrer les cours à la bourse...

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Rien de tel qu'une bonne petite compression de personnel pour qu'on s'y rĂ©jouisse... Â© Photo Jean Rebuffat

Il apparaĂ®t donc comme raisonnable, du libĂ©ral au social-dĂ©mocrate et mĂŞme Ă  l'homme de gauche qui se mĂ©fie des dĂ©rives totalitaires des systèmes Ă©conomiques trop contrĂ´lĂ©s (en gros, les anciens rĂ©gimes communistes), de lutter Ă  l'Ă©chelle mondiale pour une taxation rĂ©elle des plus-values, non seulement pour des raisons morales de justice sociale et d'Ă©quilibre gĂ©nĂ©ral, mais aussi pour des raisons de stricte efficacitĂ© Ă©conomique. Sans crĂ©dibilitĂ©, le système risque de s'effondrer. Croit-on vraiment que nulle rĂ©volution n'est plus envisageable, nulle part et n'importe oĂą ? Le sentiment certes ancien mais dĂ©sormais dĂ©cuplĂ© que selon que l'on est puissant ou misĂ©rable... est très perceptible. Il n'y a guère qu'Ă  l'hĂ´tel de ville d'Anvers que l'on ne le ressente pas. LĂ , probablement, « ils ont leurs raisons Â», selon une phrase dĂ©sormais bien connue...

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