Entre Les Lignes

Complètement noyé

L'actualité, finalement, c'est comme une crue : on la voit arriver, on constate les dégâts et on espère que ça ira mieux.

Jean Rebuffat

Trois semaines hors des écrans, que se passe-t-il ? Pour ce qui me concerne, rien de grave, encore que tout soit relatif ; mais écartez-vous du monde un instant et revenez, cela vous fera un drôle d'effet.

Trois semaines entre Bruxelles et Paris, villes jumelles récemment frappées, capitales de pays meurtris où rien ne semble aller très bien. Trois semaines de travail intense (il n'y a pas que le journalisme dans le vie ni même dans l'écriture). Trois semaines où les problèmes oculaires commencent à se résoudre. On m'avait dit : « Ah, tu verras, les couleurs ! ». Le bon œil opéré, j'ai l'impression de porter des lunettes de soleil d'un côté et de l'autre, d'être sous le feu bleuté d'un projecteur. Mais voilà, la vie continue, ouvrons donc l’œil, et le bon, comme diraient les Dupont-Dupond, et jetons-le sur le monde.

S'il ne pleuvait pas tout le temps, il y aurait de quoi mettre des lunettes de soleil, en effet, tellement les défauts de l'époque brillent.

Les dialogues de sourds pullulent. Le mode conflit se généralise. Le Brexit est possible. Un panda de 170 grammes fait des pages dans les journaux. À Roland-Garros, il y a plus de fric que de gouttes d'eau qui tombent sur les joueurs.

Tiens, je sors de l'engourdissement journalistique : personne ne se rend-il compte que les gains faramineux des sportifs (enfin, de quelques uns d'entre eux) résument mieux que tout les dérives de l'ultra-libéralisme ?

Trump. Erdogan. Poutine. La Pologne. Les contrôles anti-dopages positifs huit ans plus tard. Les noyades méditerranéennes qui changent de secteur. L'attentat de l'avion d'Egyptair qui était vraisemblablement une erreur technique doublée de l'aveuglement de l'équipage. (Faut-il qu'on soit obsédé par le terrorisme!) Les métros qui roulent à nouveau ou qui ne roulent plus : à Bruxelles, on a dû repasser en niveau 2 sans me le dire, toutes les sorties sont ouvertes ; à Paris, la grève, sans doute ? Mais non, les inondations, la crue de la Seine qui arrive au bide du zouave du pont de l'Alma...

Complètement noyé

Capture d'Ă©cran

Tiens, un nouveau symbole, ce zouave : personne ne semble savoir qu'il a été rehaussé en 1974 d'environ 70 cm. Les échelles de mesure changent et on n'en tient pas compte.

Oui, je l'avoue : j'ai beau savoir nager dans l'actualité, après un demi-siècle de journalisme, je me sens un peu noyé, ces trois dernières semaines, et je me prends de pitié pour ces deux malfrats qui ont braqué un supermarché à Orléans. Ils ont pris la fuite en voiture, poursuivis par la maréchaussée, mais ont dû stopper : la route était inondée. Alors ils ont essayé de fuir à la nage, dans le courant glacé d'un mètre cinquante d'eau tourbillonnante, et se sont fait pincer dans la forêt, un peu plus loin.

J'espère pour eux que leur prison n'est pas au bord du Loing ou du Cher, et je termine en géographe en notant combien amusants sont les noms des cours d'eau en France. Avec un nom pareil, comment voulez-vous que la Seine soit un long fleuve tranquille ?

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