Entre Les Lignes

Toulouse: Les vieux réflexes

Jean Rebuffat

Mohamed Merah vient à peine de mourir et je ne vois guère d'autre sujet à traiter qui ne sorte de l'anecdote.

J'ai suivi l'affaire sans doute parce qu'il me reste des rĂ©flexes de journaliste, me demandant comment je l'aurais couverte et plaignant sincèrement les collègues sur le terrain ou dans les rĂ©dactions papier, avec ces heures de bouclage qui rendent obsolète le quotidien avant mĂŞme qu'il soit distribuĂ© – ou, Ă  l'inverse, en tâchant d'anticiper ce qui aurait pu se produire. Mais je ne l'ai pas suivie simplement pour ça. La semaine passĂ©e, nous parlions de l'accident de Sierre et de l'excès verbal mĂ©diatique, les grandes douleurs Ă©tant dĂ©sormais bavardes ; encore un fait divers ! Mais la diffĂ©rence de nature tient dans la cause du drame : un accident d'une part, un geste (enfin, une sĂ©rie de gestes) dĂ©libĂ©rĂ© de l'autre. L'intention mĂ©chante ajoute une angoisse me semble-t-il bien diffĂ©rente de la compassion simple que l'on ressent devant toutes les victimes, particulièrement lorsqu'elles sont jeunes (toutes les espèces animales protègent leurs jeunes).

Bien sĂ»r, on n'aura jamais toutes les rĂ©ponses parce qu'aussi bavard a-t-il Ă©tĂ©, le tueur de Toulouse est mort et qu'il ne rĂ©pondra jamais aux questions de la justice. Mais en toute première analyse, le bonhomme apparaĂ®t comme un branquignol, laissant derrière lui des traces Ă  qui mieux mieux et qui lui ont collĂ© les forces de l'ordre sur le dos en très peu de temps. Un terroriste endoctrinĂ©, certainement, mais sans carrure, volant au trou Ă  Kaboul pour des faits de petite dĂ©linquance dont il Ă©tait coutumier ; on pense Ă  Jacques ClĂ©ment ou Ă  Ravaillac, qui tuèrent Henri III et Henri IV : fanatisĂ©s par un climat ambiant et se sentant chargĂ©s d'une mission divine. Charlotte Corday ressort de la mĂŞme catĂ©gorie. Mais l'homme aime croire aux complots comme il croit en Dieu. Pas possible qu'un tireur isolĂ© descende un prĂ©sident des États-Unis !

Ă€ propos de Dieu, l'a-t-on une fois de plus invoquĂ©, dans cette affaire ! Le tueur de Toulouse a tuĂ© indiffĂ©remment chrĂ©tiens, musulmans et juifs ; pas d'amalgame, donc, s'il vous plaĂ®t, et les reprĂ©sentants des cultes de dĂ©fendre cet unanimisme qui fait oublier que dans la RĂ©publique, une majoritĂ© de citoyens ne croit pas en Dieu... La plupart est d'accord avec les paroles de la chanson de Souchon : et si le ciel Ă©tait vide ? Et si ce n'Ă©tait que le plaisir de zigouiller ?

Vieux réflexe encore que d'imaginer que c'est la confession qui fait l'homme. Ce qui fait l'homme, ce qui le distingue du barbare, c'est qu'il est capable de transcender sa douleur, comme le père de ce para de Montauban ou cette mère d'un écolier de Toulouse. Comprendre, essayer de comprendre ce qui est incompréhensible...

Au lieu de cela, dĂ©jĂ  les polĂ©miques surgissent. On aurait dĂ», on aurait pu l'arrĂŞter avant (avant quoi ? Montauban ? L'Ă©cole de Toulouse?). L'extrĂŞme-droite recommence Ă  chanter sur le sale air de la peur. Nicolas Sarkozy, qui avait rĂ©ussi Ă  passer pendant quarante-huit heures pour un prĂ©sident de la RĂ©publique, bat la campagne avec sa rhĂ©torique rĂ©pressive, menaçant de criminaliser... la consultation de sites internet faisant l'apologie du terrorisme. Les vieux rĂ©flexes, probablement.

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