Entre Les Lignes

Les faiseurs de pluie

Jean Rebuffat

Il m’aura fallu le temps, mais j’ai enfin compris pourquoi ma famille paternelle, au XIXème siècle, quitta les confins du Gard et de l’HĂ©rault : c’était pour fuir la pluie. Il ne me reste plus qu’un mystère Ă  percer : pourquoi tant de gens viennent-ils s’installer ici ? Il suffit que j’arrive, et l’Orb gonfle, l’HĂ©rault dĂ©borde, l’Aude se fâche et le Vidourle part en vidourlade. La pluie est gĂ©nĂ©reuse, les orages, somptueux et les ciels, gris et bas. La Camargue ressemble au Westhoek, la MĂ©diterranĂ©e,  Ă  la mer du Nord et le canal du Midi, Ă  celui de Willebroek.


Riant paysage languedocien ravagé par la sècheresse. © Jean Rebuffat

Bien entendu, il paraĂ®t que la semaine passĂ©e, mon pauvre monsieur Rebuffat, les terrasses Ă©taient sorties, les thermomètres en hausse, et le soleil en fĂŞte. Les agriculteurs locaux m’aiment ; il paraĂ®t que ma venue contribue au bon remplissage des nappes phrĂ©atiques.

La Bretagne et l’Île-de-France me requièrent. J’ai dĂ©jĂ  expĂ©diĂ© l’un de mes fils quelques jours dans les landes du Finistère ; ils n’en reviennent pas, le temps est redevenu normal, c’est-Ă -dire qu’il pleut beaucoup. (Tout le monde sait qu’en Bretagne, il n’y a que deux saisons : la saison des pluies et l’après-midi du 15 aoĂ»t.)  La semaine prochaine, je serai Ă  Nantes avec les deux plus jeunes de mes fils : la Loire sera en alerte crue. L’aĂ®nĂ©, lui, est en train d’arroser la Franche-ComtĂ© et le Vercors.

Puis nous rentrerons tous en Belgique, pays torride et sec dont la rĂ©putation pluvieuse est usurpĂ©e. Et nous rĂ©flĂ©chirons en conseil de famille sur les ravages du temps qui change, sur ces incendies de forĂŞt en avril dans les Fagnes et ces giboulĂ©es languedociennes : si le rĂ©chauffement climatique Ă©tait seulement un rĂ©chauffement climatique, Bruxelles deviendrait NĂ®mes, Luxembourg, Anduze et Montpellier, SĂ©ville. Mais notre vieille Terre, celle de la prière paĂŻenne de PrĂ©vert, vacille comme un ivrogne entre trop chaud et trop froid, trop sec et trop humide ; on bat les records du genre comme si c’étaient des exploits et la notion de « normale saisonnière Â» n’a plus aucun sens.

Dans le jardin de la villa Victor, à Roujan, tout à l’heure, je n’aurai qu’à tendre la main par la fenêtre pour avoir les cinq doses d’eau réglementaires dans mon verre de pastis. Le premier qui rit n’est plus mon ami.


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Mis Ă  jour ( Jeudi, 12 Avril 2012 18:18 )  

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