Entre Les Lignes

Les sondages sont avec nous

On reste atterrĂ© devant certains Ă©tats de l'opinion publique. Est-elle vraiment aussi beauf ?

Jean Rebuffat

Je sais, les sondages n'engagent que ceux qui y croient et les sites, qui y recourent massivement, ça fait joli, n'est-ce pas, insistent souvent sur le manque de caractère scientifique de ces prises d'opinion. Ils ont raison, essentiellement parce que c'est vrai, mais aussi parce qu'ils posent souvent très mal les questions.

Par exemple, le vote neutre (genre « ne sait pas Â» ou « pas d'opinion Â») est souvent omis ou la gamme des rĂ©ponses n'est pas complète, mais ces maladresses ont un avantage : Ils permettent de se faire une idĂ©e de l'opinion en dehors de toute considĂ©ration de paraĂ®tre. On rĂ©pond impulsivement, sans rĂ©flĂ©chir, en Ă©coutant ses tripes, comme on dit – et les tripes, faut-il le rappeler, emballent souvent la merde.

Un si charmant petit magasin... (Capture d’écran)

Ă€ l'heure oĂą j'Ă©cris ces lignes, par exemple, 40% des internautes ayant rĂ©pondu au mini-sondage du soir.be sur la dĂ©lation Ă©levĂ©e au rang de système chez Casa estiment tout Ă  fait normal que l'on dĂ©nonce son petit camarade ayant piquĂ© un coquetier, oubliĂ© de pointer un article de sa cousine ou quelque crime du genre. Ce qui est un peu rassurant, c'est que 60 % ont tout de mĂŞme eu un haut-le-cĹ“ur, une très large majoritĂ© qui satisferait n'importe quel candidat Ă  une Ă©lection prĂ©sidentielle (sauf Poutine, probablement). Mais analysons un peu. La triche n'est pas sympathique et on peut admettre que ce soit heurtant de la constater. Pire : un climat de suspicion gĂ©nĂ©rale peut se crĂ©er et plomber l'ambiance au boulot. Donc si on ne pense qu'Ă  cet aspect des choses, hop, on clique oui et voilĂ  comment naissent les totalitarismes.

Car la dérive n'est jamais très loin entre la majorité silencieuse et l'acquiescement aux pertes de liberté ou à l'installation de règles qui ne concerneront, pense-t-on, que les méchants. C'est exactement comme ça qu'on colle les Pussy Riots deux ans au goulag ou que l'extrême-droite noyaute les manifestations émotives du style marche blanche.

La dĂ©lation, chez Casa, comme dans bien d'autres cas, se fait anonymement, voilĂ  qui est courageux, non ? Et sans preuve, naturellement. Bonjour, les règlements de compte, les petites vengeances, les grosses vacheries et la bonne blague ! Et si ce n'Ă©tait que ça, passe encore, mais comment ne pas comprendre qu'une sociĂ©tĂ© basĂ©e sur la dĂ©lation est par nature totalitaire ? Tout le monde surveillant n'importe qui, en qui avoir confiance ? La perversitĂ© du rĂ©gime communiste Ă  la soviĂ©tique Ă©tait lĂ -dedans, relisez Kundera (en plus c'est drĂ´le en mĂŞme temps que profond, Kundera) : une plaisanterie peut ruiner une vie ; s'installe un climat oĂą l'on se sent Ă©ternellement coupable, ayant prĂ©ventivement peur de l'arbitraire qui peut tomber sur quiconque sans crier gare.

On mesure le chemin encore Ă  accomplir avant de penser que l'humanitĂ© a beaucoup progressĂ© sur le chemin du droit, de la libertĂ© et de la dignitĂ©, car ce que je souligne ici est bien plus large qu'un seul sondage : lire les forums des journaux en lignes, circuler sur les rĂ©seaux sociaux, et le vernis de civilisation, que certains appellent Ă  tort le politique correct, s'Ă©caille d'un seul coup. C'est cette mochetĂ©-lĂ  qu'il faut dĂ©noncer, et inlassablement.

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