Entre Les Lignes

Roger Job et Frédéric Loore au Musée de la Photo

Avec les deux reporters qui ont accompagné les flics des stups de Charleroi pendant cinq mois, le public a découvert ce journalisme qui va au plus près de la société.

Marcel Leroy

Tous les deux mois, le Musée de la Photo de Mont-sur-Marchienne organise une rencontre avec un ou une photographe. Ces soirs-là, les gens vont au coeur des images en écoutant leurs auteurs.

 

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Roger Job a reçu le prix de journalisme 2015 de la Communauté française de Belgique pour ce reportage en immersion. Photo © Roger Job

 

Cette semaine, le photojournaliste Roger Job et le grand reporter Frédéric Loore ont parlé de leurs cinq mois en immersion à Charleroi avec les flics des stups, ceux de l’ORA. Une vingtaine d’hommes et de femmes qui, jour après jour, luttent contre le fléau des drogues. Une industrie florissante qui détruit les corps et les coeurs, dans la ville qui cherche à survivre à la crise économique. Du coup, beaucoup de destinées sont à la dérive et se réfugient dans les produits de l’illusion.

Roger Job, - comme pour sa fresque sur le peuple turkana, qui eut l’honneur d’une grande exposition à Mont-Sur-Marchienne -, a suivi les policiers jour et nuit, de planques en flagrants délits, de découvertes de plantations de cannabis en interrogatoires révélant souvent une lourde désespérance.

Avec Frédéric Loore et ses mots précis, lucides, si humains,son écriture claire et inspirée; Roger Job a mis en lumière un travail de fond qui exige de ceux et celles qui le pratiquent, une rare volonté de servir la société. Ces policiers vêtus comme les gens dont ils s’évertuent à casser les trafics, ont le sentiment, comme l’a rappelé Frédéric Loore, qu’on leur demande “de pousser des montagnes pour en ramener une brouette de terre”. Mais ils tiennent bon, malgré les problèmes, les restrictions budgétaires, d’effectifs, conscients de devoir faire leur devoir, dans l’ombre.

Ces flics sont humains et savent que leur combat est plus que complexe. La majorité d’entre-eux estiment d’ailleurs qu’il faudrait libéraliser certains produits pour enrayer leur commerce.

Dans un long échange franc avec le public, les reporters ont évoqué leur passion du métier qui se déroule dans le temps, pour comprendre la société en la rencontrant au plus près, pour tenter de l’expliquer, avec les nuances qui font le journalisme vrai. Ils ont obtenu, pour ce reportage, le soutien du Fonds pour le Jounalisme consacré aux enquêtes au long cours. Ils ont pu dérouler photos et textes au fil de trois numéros de Paris-Match, ce qui est plus que rare, aujourd’hui. Dans un contexte où l’industrie de la presse va à l’immédiat, comme le monde, en oubliant que sans prendre un minimum de temps pour comprendre on ne retient rien.

Seraient-ils les derniers des Mohicans, ces deux reporters qui se complètent si bien pour témoigner de notre époque? Sans tapage, en prenant des risques, en étant assurés de ne jamais devenir riches, ils vivent une passion qui est aussi un gagne-pain. Bon nombre de journalistes aimeraient travailler à leur manière, en artisans, mais le système ne les y pousse pas, en général. Alors, avec d’autres, avec l’Association des Journalistes Professionnels, avec les lecteurs, ils défendent le journalisme de toujours, qui doit rester debout. Des publications à l’esprit nouveau, comme le “mook” 24h01 ou le magazine Médor, prouvent qu’il est possible d’échapper au culte de l’immédiat et de l’audimat.

L’autre soir, au Musée de la Photo, les deux témoins auraient pu encore causer longtemps que les gens seraient restés à les écouter. Parce que tous percevaient avec acuité le fait qu’ils parlent de ce que des gens d’ici vivent, jour après jour, et qui mérite d’être connu. Même si cela prend du temps.Parce que c’est ça, le métier de journaliste.

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